Page:Rosny - La Guerre du feu.djvu/38

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s’avançait ne semblait pas de cette sorte. Gaw en fut assuré lorsqu’il se silhouetta dans le clair de lune : le crâne aplati, avec un pelage grisâtre, il avait une allure où l’Oulhamr reconnut l’assurance, la menace et la férocité des bêtes carnassières ; c’était l’ours gris, rival des grands félins.

Gaw se souvint des légendes rapportées par ceux qui avaient voyagé sur les terres hautes. L’ours gris terrasse l’aurochs ou l’urus et les transporte plus aisément que le léopard ne transporte une antilope. Ses griffes peuvent ouvrir d’un seul coup la poitrine et le ventre d’un homme ; il étouffe un cheval entre ses pattes ; il brave le tigre et le lion fauve ; le vieux Goûn croit qu’il ne cède qu’au lion géant, au mammouth, au rhinocéros.

Le fils du Saïga ne ressentit pas la crainte subite qu’il eût ressentie devant le tigre. Car, ayant rencontré l’ours des cavernes, il l’avait jugé insoucieux et bénévole. Ce souvenir le rassura d’abord ; mais l’allure du fauve parut plus équivoque à mesure que se précisait sa silhouette, si bien que Gaw recourut au chef.

Il n’eut qu’à lui toucher la main ; la haute stature s’éleva dans l’ombre :

— Que veut Gaw ? dit Naoh en surgissant à l’entrée de la caverne.

Le jeune Nomade tendit la main vers le haut de la colline ; la face du chef se consterna :

— L’ours gris !

Son regard examinait la caverne. Il avait eu soin d’assembler des pierres et des branchages ; quelques blocs étaient à proximité, qui pouvaient rendre l’entrée très difficile. Mais Naoh songeait à fuir, et la retraite n’était possible que du côté de l’abreuvoir. Si l’animal rapide, infatigable et opiniâtre se décidait à poursuivre, il atteindrait presque à coup sûr les fugitifs. L’unique ressource