Page:Rosny - La Guerre du feu.djvu/83

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jetait une lueur de crépuscule qui imbibait, trempait, vivifiait la structure des choses.

Des sauterelles rouges, des lucioles de rubis, d’escarboucle ou de topaze agonisaient dans la brise ; des ailes écarlates craquaient en se dilatant ; une fumerolle brusque montait en spirale et s’aplatissait dans le clair de lune ; il y avait des flammes lovées comme des vipères, palpitantes comme des ondes, imprécises comme des nues.

Les hommes dormaient, couverts de peaux d’élaphes, de loups, de mouflons, dont le poil était appliqué sur le corps. Les haches, les massues et les javelots s’éparpillaient sur la savane ; deux guerriers veillaient. L’un, assis sur la provision de bois sec, les épaules abritées d’une toison de bouc, tenait la main sur son épieu. Un rai de cuivre frappait son visage recouvert, jusqu’aux yeux, d’un poil semblable à celui des renards. Son cuir velu rappelait le cuir des mouflons, sa bouche avançait des suçoirs énormes sous un nez plat, aux narines circulaires ; il laissait pendre des bras longs comme ceux de l’Homme des Arbres, tandis que ses jambes se repliaient, courtes, épaisses et arquées.

L’autre veilleur marchait furtivement autour du foyer. Il s’arrêtait par intervalles, il dressait l’oreille, ses narines interrogeaient l’air humide qui retombait sur la plaine à mesure que s’élevaient les vapeurs surchauffées. D’une stature égale à celle de Naoh, il portait un crâne énorme, aux oreilles de loup, pointues et rétractiles ; les cheveux et la barbe poussaient en touffes, séparés par des îlots de peau safran ; on voyait ses yeux phosphorer dans la pénombre ou s’ensanglanter aux reflets de la flamme ; il avait des pectoraux dressés en cônes, le ventre plat, la cuisse triangulaire, le tibia en tranchant de hache et des pieds qui eussent été petits sans la longueur des orteils. Tout le corps, lourd et jointé comme le corps des buffles,