Page:Rostand - L'aiglon, 1900.djvu/141

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Que soudain redressé, délarbiné, minci, Enfermé jusqu’à l’aube, impossible à surprendre, Fronçant sous son bonnet son gros sourcil de cendre, Se tenant dans son vieil uniforme bien droit, L’arme au bras et la main contre le téton droit, Dans la position fixe et réglementaire, Gardant le fils ainsi qu’il a gardé le père ; C’est ainsi que debout, chaque nuit, sur ton seuil, Se donnant à lui-même un mot d’ordre d’orgueil, Fier de faire une chose énorme et goguenarde, Un grenadier français monte, à Schoenbrünn, la garde ! (Il se met à se promener de long en large, dans le clair de lune, comme un factionnaire.) C’est la dernière fois. (Avec un coup d’œil sur la chambre du prince.) Tu ne l’auras pas su. C’est pour moi seul. C’est du vrai luxe, — inaperçu ! (Il s’arrête, l’œil jubilant.) S’offrir un pareil coup pour n’éblouir personne, Mais pour se dire, à soi tout seul : « Elle est bien bonne ! » (Il reprend sa promenade.) À leur barbe ! — à Schoenbrünn !… Je me trouve insensé ! Je suis content ! Je suis ravi ! (On entend un bruit de clef dans une serrure, à droite.) Je suis pincé !


SCÈNE VIII

FLAMBEAU, METTERNICH.

FLAMBEAU, bondissant hors du clair de lune et se réfugiant dans l’ongle sombre au fond, à gauche. Qui donc s’est procuré la clef ? (La porte s’ouvre.)

METTERNICH entre. Il a pris en traversant un des salons un lourd candélabre d’argent tout allumé dont il s’éclaire. Il referme la porte en disant d’un ton résolu. Non, cette scène Ne se reproduira jamais !

FLAMBEAU, le reconnaissant avec stupeur. Népomucène !

METTERNICH, allant vers la table et bas, d’un air préoccupé. Oui… ce soir… lui parler… sans témoin importun… (Il pose le candélabre sur la table, et, en le posant, voit le petit chapeau.) Tiens ! je ne savais pas que le duc en eût un. (Souriant.) Ah ! c’est l’archiduchesse encor qui dut lui faire Passer ce souvenir… (S’adressant au chapeau.) Te voilà, — Légendaire ! Il y avait longtemps que… (Avec un petit salut protecteur.) Bonjour ! (Ironiquement, comme si le chapeau s’était permis de réclamer.) Tu dis ?… Hein ?… (Il lui fait signe qu’il est trop tard.) Non ! Douze ans de splendeur me contemplent en vain Du haut de ta petite et sombre pyramide