Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/101

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Et dans cet humble abri de silence et de paix,
Pour les faux biens perdus goûte enfin les seuls vrais !
Heureux qui, chaque soir, près des sources limpides ;
Peut lire les récits des saintes Thébaïdes ;
Les mystiques récits et les légendes d’or,
Dont le naïf esprit nous charme et touche encor !
Oh ! comme, à ces récits, notre foi se ravive ;
Que l’exemple est puissant sur une âme naïve !
Ce que d’autres ont pu nous le pouvons aussi ;
L’amour, qui fait les Saints, peut refleurir ici !

  Viens, Antoine Calybite,
  Loin du bruyant tamaha ;
  Sur le mont, que l’aigle habite,
  Viens, Antwen tchouka-hanta !

  Viens, frère au pâle visage,
  Fuis avec moi, hopâki !
  Je connais un ermitage,
  Un impénétrable abri !

  Je suis le fils des Savanes,
  L’enfant des grandes forêts,
  Où j’ai bâti cent cabanes,
  Soue les feuillages épais !

  Contre le courant du fleuve,
  Seul, j’ai fait voler sur l’eau
  Ma pirogue toute neuve,
  Ma pirogue de bouleau !

  J’ai transpercé de mes flèches
  Le chevreuil et le bison,
  Dans les hautes herbes sèches,
  Dans les vagues de gazon !

  Dieu m’avait donné pour maîtres,
  Pour professeurs éloquents
  Les grands chênes et les hêtres,
  Et les sapins gémissants !…

  Je vivais, libre Indigène,
  Lorsque l’on me prit, enfant,
  Et, sur les bords de la Seine,
  On m’enferma languissant !

  Oui, deux ans, dans les écoles.
  Les sophistes Blanches-peaux
  Du bruit de vaines paroles
  Ont tourmenté mon repos !