Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/121

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Dans l’ordre industriel, j’ai concentré son âme ;
Oui, j’ai mécanisé l’enfant, l’homme et la femme !…
Mais voilà qu’un apôtre obscur proclame ici
Le rétablissement d’un royaume obscurci ;
Il prêche, — ce funèbre Antoine Calybite, —
La contemplation et la vie ascétique !
Une fausse pâleur de sainte austérité
Imprime à ses discours un ton d’autorité ;
Pour combattre la chair et les progrès du spline,
Il voudrait rappeler l’ancienne discipline ;
Remettre le cilice et la haire en honneur ;
Faire un siècle de foi d’un siècle raisonneur ;
Dans ces temps éclairés de rationalisme,
De progrès et de luxe, il parle d’ascétisme ! ! !
Jusqu’ici, me servant de l’esprit étranger,
Combien d’âmes, déjà, j’ai su décourager !
Inspirant cet esprit même au plus saint lévite,
J’ai fait qu’il a douté de ce peuple d’élite ;
Et dans son doute étroit, il passe aveuglément,
Sans découvrir jamais ni fleur ni diamant :
Ainsi j’ai prévenu l’ardeur de l’héroïsme,
J’ai prolongé le règne affreux de l’égoïsme ;
Ainsi j’ai prévenu l’avènement heureux
Des ermites nouveaux rivalisant entre eux ;
J’ai prévenu les fleurs de l’Éden monastique,
Tarissant dans les cœurs toute sève ascétique.

 Pour empêcher les fruits du Mystère Divin,
Sans grappes ni pressoir, je fabrique du vin ;
Et quand le prêtre monte à son Nouveau Calvaire,
Pour le Saint Sacrifice il manque la matière ! ! !
L’abeille à son trésor, mystique et virginal,
Voit préférer le suif par un instinct vénal ;
Laissant toute rubrique au caprice de l’homme,
J’affaiblis, chaque jour, l’autorité de Rome ;
Je rends l’esprit, plus libre, à la chair moins cruel ;
J’enfante, au gré du monde, un nouveau Rituel ;
Du cercle d s canons j’élargis l’indulgence ;
Je fais marcher le prêtre au pas de la science !
Partout la lettre morte a remplacé l’esprit ;
Le siècle émancipé déserte Jésus-Christ !
Au souffle du commerce et de la bourgeoisie,
J’éteins l’enthousiasme avec la poésie ;
Et le catholicisme, en se prosaïsant,
A ses enfants bâtards offre un culte glaçant ?
J’aime d’un crâne étroit l’arbitraire pensée,
D’un prosaïque esprit l’expression glacée ;
J’aime le froid dessin, que trace le compas
Qu’en ses élans d’amour le cœur ne guide pas ;