Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/128

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Quand le mal se commet, quel qu’il soit, cherchez bien,
Vous verrez qu’elle en est la cause ou le moyen ;
Elle trompe toujours, qu’elle résiste ou cède ;
Elle accompagne l’homme, en tout, ou le précède ;
L’adultère, l’inceste et les crimes sans noms,
Que l’œil ne voit écrits qu’aux livres des démons,
La femme les conçoit, et puis les exécute,
Ivre en les concevant, plus ivre dans sa chute !
Oui, la femme est pour nous le grand ressort du mal :
Car elle est à la fois et l’ange et l’animal ;
Semblant se dévouer à l’insensé qui l’aime,
Ce qu’elle cherche en lui, c’est toujours elle-même ;
A l’amour égoïste, avec un art charmant,
Elle donne, à tout âge, un air de dévouement ;
Sous la forme du beau, c’est notre propre image ;
C’est la chair déguisée à qui tout rend hommage !
Dès le commencement, séduite, elle a séduit ;
Et depuis, pour séduire, elle a le même esprit ;
Et quand viendra le temps du dénoûment suprême,
L’Antéchrist étonné la trouvera la même ! —
Or, vous savez ici son immense pouvoir ;
Vous savez que par elle on peut tout émouvoir ;
Plus que partout ailleurs, elle est idolâtrée ;
Elle est, plus que partout, follement révérée :
Mais, trop assujettie entre des murs étroits,
De l’homme, en son orgueil, elle rêve les droits :
Pour perdre l’Amérique et la jeune patrie,
Profitons de l’excès de cette idolâtrie ;
Que les hommes, par nous devenus tous égaux,
Ne soient plus gouvernés que par des viragos !

 Incertains de leur sexe et de leur origine,
La femme misanthrope et l’homme misogyne,
Égarant leurs amours pour effrayer les cieux,
Jadis ont enfanté des géants monstrueux ;
Ces jours peuvent renaître et cesser d’être un rêve ;
Les anges ténébreux, épris des filles d’Eve,
Pourront encor peupler l’univers de géants,
Colosses surhumains, formidables agents !
Alors, en ranimant, contre un Dieu despotique,
Notre grande révolte et notre lutte antique,
Nous régnerons partout sur les hommes soumis,
Jusqu’aux jours glorieux de l’Antéchrist promis ! —
Mais pour ce grand succès, combattez la prière ;
Combattez les efforts de l’humble Solitaire ;
Troublez, dans son repos, la méditation. ;
Et par toutes les voix exaltez l’action !
La prière des Saints paralyse nos œuvres ;
La prière engourdit la tête des couleuvres ;