Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/133

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
( 133 )

Et j’ai vu les chrétiens de l’attique Lutèce
Baiser les pieds sanglants de la Raison Déesse !

 Après un long succès, au profit de l’Enfer,
Sûr du Vieux Continent, j’ai traversé la mer.
Des venins de l’Europe infectant l’Amérique,
Je vois y refleurir le culte idolâtrique ;
Chaque jour, les enfants des actifs dissidents,
Dans leur multiple erreur, se montrent plus ardents ;
Chaque jour, il surgit autant d’immondes sectes,
Que les marais stagnants voient pulluler d’insectes,
Essaims dévastateurs, formidables fléaux,
Sous mon souffle enfantés de la nuit du chaos !
Oui, je vois la lumière, en ses noces funèbres,
En désertant le ciel, épouser les ténèbres ;
Par les mixtes hymens, devenus si nombreux,
L’erreur se propager en un philtre amoureux.
Je suscite partout, pour asservir la femme,
Pour la soumettre, abjecte, au joug le plus infâme,
Pour corrompre son âme et flétrir sa beauté,
D’éloquents détracteurs de la virginité :
Et la femme, enivrée en sa folle espérance,
Dans son abaissement rêve sa délivrance ;
Sous le nom de bloomers, de modernes Saphos
Au sexe masculin disputent les tréteaux ;
Et chaque prosélyte, hérétique ou chrétienne,
Se fait ma Pythonisse ou Nécromancienne !
Dans cet Age incroyant, de la matière épris,
Je fonde sur les sens l’empire des Esprits !
La matière, en son vol, se spiritualise ;
Et l’âme s’abrutit, l’esprit s animalise !
Le faux Illuminé, l’extatique insensé,
L’ardent rénovateur des cultes du passé,
S’érigeant en prophète inspiré par les Anges,
De la chair affranchie entonne les louanges !
La théurgie enseigne à l’homme audacieux
L’art d’évoquer les morts et de parler aux dieux ;
Chaque âme, en traversant le sommeil magnétique,
Ose entrer sans effroi dans la sphère magique,
L’empire indéfini des Puissances de l’air,
Sombrement lumineux, ténébreusement clair !
Aux mystères impurs d’une sanglante orgie
Succèdent les fureurs de la démagogie ;
Et la foule, attelée au char de Lucifer,
Offre au monde effrayé le tableau de l’Enfer !
Oui, de la vieille Europe à la jeune Amérique
J’ai transporté les dieux du culte idolâtrique !
En vain Görrès, Brownson, Webber ont dit le mal :
La Magie a repris tout son empire astral.
Sans être combattue et sans causer d’alarmes,
Rayonnant en tout sens, elle exerce ses charmes :