Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/14

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Oh ! viens ; allons tous deux ; allons, de porte en porte,
Prêcher par nos haillons la vertu, qu’il importe,
En ce Siècle d’argent, d’inculquer dans les cœurs :
Dieu prendra soin de nous, comme il prend soin des fleurs !
Toi, qui portes du Christ la couronne d’épines,
Viens m’apprendre à marcher sur ses traces divines :
C’est toi seule que j’aime ; et toi seule tu peux
Lutter contre l’esprit de ce siècle orgueilleux ;
Et conforme à Jésus, et semblable à Marie,
Montrer au genre humain le chemin de la vie !
Et si venaient la faim, le froid, la nudité,
Si le vent glacial de l’âpre adversité
Soufflait, — dans nos haillons, plus joyeusement tristes,
Nous irions sous les murs d’un couvent de Trappistes ;
Nous irions demander, au nom de Saint-Bernard,
Du pain de leur aumône une modique part ;
Et dans la charité de ces calmes ascètes
Nous serions à l’abri de toutes les tempêtes !…
Heureux l’aigle et l’Ermite au sommet du Carmel :
Le cloître est un Éden, la cellule est un ciel !


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Le Repos Contemplatif.

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Chanter, c’est servir Dieu ; c’est animer son frère
Dans l’exil et la lutte. — Adorer, contempler,
C’est faire ce que font les élus dans la sphère,
Où notre âme affranchie un jour doit s’envoler.

Le repos est fertile à qui dort dans le temple,
À qui médite en paix sous l’aile du Seigneur ;
Le repos est fertile à qui veille et contemple,
Dans l’ombre où vient pleurer l’Ange de la douleur !

Le repos est fertile à qui prie et se voile,
Dans ce siècle de bruit, de tumulte et d’éclat ;
À qui brille à l’écart, comme une chaste étoile,
Sauvé de son atteinte et de son souffle ingrat !

Dans ce siècle agité, le repos est fertile
À qui s’endort en paix sous l’aile du Seigneur ;
À qui puise l’amour au céleste Évangile,
Dans l’ombre où vient pleurer l’Ange de la douleur !