Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/141

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Reflétant à la fois, en ses libres instincts,
Tout l’héroïque esprit des grands peuples éteints !
Non, tu n’as pas compris ce grand peuple d’élite,
De vingt peuples choisis enfant cosmopolite ;
Et dans ta lâcheté, désespérant de lui,
Tu le vois, en pleurant, ma victime aujourd’hui !
Des bords de l’Atlantique aux bords du Pacifique,
De Partridge et Brittan la presse prolifique,
Sous des formats brillants, offre aux lecteurs ravis
Les visions d’Harris, les rêves de Davis !
Poète somniloque, extatique Voyante
Explorent sans effroi ma sphère illuminante ;
Et pleins d’illusions et d’espoirs séduisants,
À l’ombre des Esprits, s’enchaînent par les sens !…
  « Venez, venez à moi, natures exaltées,
« Par le monde et l’Église à la fois rejetées :
« La Magie ouvre un ciel d’extatiques ardeurs,
« Un Éden nuptial rayonnant de splendeurs !
« Venez, venez à moi, souffrantes sensitives,
« Lys arrosés de pleurs, âmes contemplatives :
« L’Église n’a pour vous aucun abri claustral ;
« Moi, pour vous abriter, j’ai mon grand Ciel Astral !
« En échappant au joug de la froide routine,
« Qui semble changer l’âme en vulgaire machine,
« Venez vous retremper aux sources de l’amour,
« Dans l’azur étoile d’un magique séjour ! —
« L’Enfer n’existe pas, l’Enfer est un mensonge ;
« Par delà le tombeau, le bonheur se prolonge ;
« L’esprit, le cœur, les sens doivent s’épanouir ;
« Ici-bas et là-haut, l’homme est fait pour jouir !
« Vers mon Éden béni, montez de sphère en sphère ;
« Suivez l’Ange amoureux à travers la lumière ;
« Voyez briller au ciel le nuptial flambeau :
« Le ciel seul est certain, puisque seul il est beau ! — »

 C’est ainsi qu’attirant les folles Agapies,
L’essaim voluptueux des mystiques impies,
Aux plus honteux excès de la corruption
Je donne tout l’attrait d’une religion !
Séduites chaque jour, combien de jeunes filles,
Combien de médiums, au sein de leurs familles
Apportent le venin qu’inocule l’Enfer,
Prêtresses des autels où monte Lucifer ! —
C’est le culte animal, la chair déifiée ;
C’est l’esprit dégradé, l’âme crucifiée ;
C’est de l’humanité l’ignoble abaissement ;
C’est l’abîme sans fond d’un fol aveuglement ! —
Qu’en ces jours la Magie a fait tourner de têtes !
Vains jouets des Esprits, que les hommes sont bêtes !
Par le fluide astral envahis, obsédés,
Que ce grand siècle a vu surgir de farfadets !