Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/198

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Qu’un doux rayon du Beau dans l’âme projeté,
De l’essence divine y verse la clarté ;
Et qu’en nous réfléchie, une image céleste,
Comme un astre éclatant, fait pâlir tout le reste !
La nature, l’Église et la tradition,
Chaque tribu sauvage et chaque nation,
En leurs accords divers chantant ton excellence,
Ont commis à tes soins les clés de la science !
 Venez donc, ô vous tous qui rêvez l’Idéal,
Qui désirez marcher dans un chemin royal ;
Ô vous tous, qui vivez d’émotions brûlantes ;
Qui poursuivez le bien, poitrines haletantes ;
Vous tous qui traversez tant d’arides déserts,
Cherchant la source vive et l’ombre des bois verts ;
Vous, qu’on voit, à travers des obstacles sans nombre,
De la réalité sans cesse embrasser l’ombre ;
Venez donc : Pour atteindre au but tant souhaité,
La radieuse voie, oh ! c’est la chasteté !
De l’homme chaste et saint, la vie est une extase ;
Je ne sais quelle ardeur le transperce et l’embrase ;
Pour lui, l’air est plus pur ; plus limpide est le ciel ;
Les parfums sont plus doux ; plus suave est le miel ;
L’univers rajeuni, devant lui, semble encore
Ce qu’il était le jour où Dieu le fit éclore ;
Maître de la matière, il parle en souverain ;
Les animaux soumis se courbent sous sa main ;
Immobile à ses pieds, le léopard repose ;
Et la douce colombe auprès de lui se pose ;
L’étoile dans l’azur, près des sources la fleur,
Tout sert de frais symbole à sa douce candeur ;
Le ciel semble pour lui descendre sur la terre,
Et l’Ange familier l’aime et lui parle en frère ;
À la brise qui passe et l’effleure en passant,
Chaque feuille a livré son arôme enivrant ;
L’oiseau garde pour lui sa plus pure harmonie,
La fontaine son eau que le ciel a bénie,
Le flot bleu de la mer, l’arbre de la forêt,
Tout tressaille pour lui d’un sympathique attrait ;
Toute chose créée, aussi bonne que belle,
Lui sert pour s’élever de merveilleuse échelle ;
De ce monde visible, aux contours radieux,
Attiré par l’amour, il monte jusqu’aux cieux ;
Et perdu dans les flots de l’Océan de vie,
Son cœur savoure en paix l’extase de Marie !
 Ô chasteté, qui peut te louer dignement ?
Le monde corrompu sourit, en te nommant ;
Et pourtant, n’es-tu point, parmi les vertus saintes,
Ce qu’est parmi les fleurs le lys dans nos enceintes,
Le soleil dans le ciel, l’or parmi les métaux,
La neige sur les monts, la perle au sein des eaux ?