Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/206

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Seigneur, ô Dieu d’amour et de miséricorde,
Lorsqu’au pied de la Croix mon âme se récorde,
Dans la contrition, ce passé ténébreux
Où j’adorais le vice et le Démon affreux, —
Je comprends mon néant, je connais ma misère,
Je mesure l’offense à la douleur amère ;
Je sais par mes remords et par mon repentir,
Par ce qu’un seul péché m’a déjà fait souffrir ;
Je sens ce qu’il contient d’infernale malice :
Mais la miséricorde, et le prix du Supplice,
Le prix du Sang divin versé pour nous sauver,
L’amour du Rédempteur, — qui peut le mesurer ?…
Qui peut désespérer, quand la voix de la Mère
Et quand la voix du Fils disent ensemble : Espère !
Qui peut désespérer, quand Marie a promis
Qu’elle peut obtenir tout pardon de son Fils ?
Fussé-je la dernière et plus coupable femme,
Jamais le désespoir n’entrera dans mon âme !
Jusqu’à mon lit de mort, jusqu’au seuil du tombeau,
Je verrai luire encor l’espoir comme un flambeau ;
Je verrai luire au ciel sa divine lumière ;
Oui, le céleste espoir fermera ma paupière !
Et quand pour le crier, je manquerai de voix,
Mon cœur dira tout-bas : j’aime, j’espère et crois !

  Ah ! le repentir sincère
  Nous donne d’amers dégoûts
  Pour les bonheurs de la terre,
  Qui nous ont semblé si doux !…

  Adieu, mensonges du monde !
  Ô pompeuses vanités,
  Qui, rapides comme l’onde,
  Roulez tant d’impuretés !

  Salut, ô douce cellule,
  Où je puis gémir en paix,
  Loin du souffle qui nous brûle,
  Dans le monde et ses palais !

  Sous les ailes de Marie,
  Je trouverai la fraîcheur ;
  L’espérance refleurie
  Viendra consoler mon cœur.

  J’irai, comme Madeleine,
  Comme Thaïs, de mes pleurs
  Verser l’amère fontaine,
  La fontaine de douleurs !