Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/210

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Remonte, d’âge en âge, aux grands siècles de foi,
Où la foule suivait les conseils de la Loi ;
Où, des fervents chrétiens devenus les asiles,
Les déserts se peuplaient, en dépeuplant les villes !
Du livre de ces temps tourne les pages d’or,
Et vois tout l’Orient, brillant comme un Thabor ;
Vois Madeleine en pleurs, l’aimante pécheresse
Ouvrir la solitude, où la foule s’empresse !
En vain le Paganisme offre aux cœurs convertis
Les fruits de volupté, dans l’ivresse cueillis ;
En vain la chair, le monde et l’Esprit de mensonge
Luttent pour qu’ici-bas leur règne se prolonge :
Partout un cri s’élève : « Hélas ! les Dieux s’en vont ! »
Et ce cri, dont gémit l’antre vide et profond,
Forme de bouche en bouche une chaîne électrique. —
C’en est fait, c’en est fait du culte idolâtrique !
En vain on essaîrait de relever encor
Les dieux sculptés de marbre et les dieux sculptés d’or ;
En vain sur les trépieds la flamme se rallume,
Et pour forger des Dieux résonne encor l’enclume :
Les Dieux païens s’en vont ! les faux Dieux sont tombés !
Trop longtemps devant eux les cœurs se sont courbés ;
Oui, l’homme trop longtemps, amoureux de l’emblème,
A divinisé tout… excepté Dieu lui-même ! !
Du culte des faux Dieux Julien l’apostat
Éteint en expirant le vacillant éclat ;
On n’entend plus l’oracle au fond des temples vides ;
C’est le règne, à présent, des saintes thébaïdes ! —
Vois ces vierges sans nombre et ces ardents chrétiens
Abandonner pour Dieu leur famille et leurs biens ;
L’instinct les pousse au fond de l’âpre solitude ;
Rien n’arrête leurs cœurs, rien ne leur paraît rude ;
Et le désert partout a germé sous leurs pas,
Et l’amour a porté le germe en tous climats ! —
Vois ces enfants, issus des Paul et des Émile ;
Ces filles désertant leur illustre famille ;
Vois descendre ces fils du rang de Patriciens,
Pour suivre, en leur essor, d’héroïques chrétiens ! —
Marcelle, Pélagie, Azelle, Alexandrine,
Mélanie et Piâme, Eustoquie et Marine,
Synclétique et Thaïs : — Les anges familiers
Ont vu vos sœurs courir aux déserts par milliers ! —
Et vous, Ita, Bertille, Etheldrède et Vérène ;
Vous, Collette-Boillet, Rosalie et Modwène ;
Vous, Hiltrude et Brigitte : — Au jardin d’Occident,
Vous avez transplanté les fleurs de l’Orient ! —
Et vous, Claire, Thérèse et Jeanne-Marguerite ;
Vous, Tégahgouïta, Rose et Lys, fleurs d’élite : —
Dans une égale ardeur, vous avez, tour à tour,
Communiqué l’essor de votre saint amour ;