Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/254

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Que les Saints soient punis pour tout le siècle impie ;
Que l’amour intercède et l’innocence expie !
Ô vous, qui possédez les fragiles trésors,
Les vains et faux plaisirs de l’esprit et du corps ;
Vous, qui n’avez joui que d’un bonheur factice :
Vous ne comprenez pas ce divin sacrifice !
Vous ne comprenez pas qu’une âme, en s’isolant,
Se fasse ainsi victime, — holocauste vivant !
Vous ne comprenez pas, dans votre ivresse molle,
Que pour vous elle prie, elle souffre et s’immole ;
Et qu’apaisant ainsi la colère de Dieu,
Sous vos pieds elle ferme un abîme de feu !
Mais l’Ange la comprend ! mais Dieu la récompense !
Mais le ciel tout entier la contemple en silence ;
Et pour la foule ingrate acceptant ses douleurs,
Éteint dans son amour tous les foudres vengeurs ! —
Du moine recueilli, du prêtre et du fidèle,
Le Christ, austère et doux est l’éternel Modèle !
Le Christ, en répandant sa doctrine d’amour,
D’une sainte tristesse a marqué son séjour.
Le Christ, du froid berceau jusqu’au sanglant Calvaire,
Fut l’exemple vivant de l’Évangile austère !
Le terme de la vie étant l’éternité,
L’homme doit y marcher avec solennité !
Par un Dieu qui pleura, la tristesse est bénie ;
La tristesse toujours à l’amour est unie ;
Les fruits les plus divins sont arrosés de pleurs ;
Le lys de chasteté croît au sein des douleurs ;
Le bandeau glorieux, l’auréole royale,
Le signe rayonnant de splendeur virginale,
C’est la tristesse austère au front de l’humble enfant
Que le monde joyeux insulte en triomphant : —
La tristesse rayonne en sa pâleur mystique ;
C’est l’attrayant éclat d’une âme apostolique ;
C’est le reflet divin projeté par la croix,
La sainte ressemblance avec le Roi des rois !
Et chaque Règle écrite, et chaque monastère,
L’Orient, l’Occident, l’Église tout entière,
Et la nature et l’Art ont partout constaté
De l’innocence en pleurs l’invincible beauté !



marie-antonie.


Ange de la tristesse et de la solitude,
Prends pitié de mon âme, en ta sollicitude !
Suppliante à tes pieds, je me jette à genoux :
Prends pitié de mon âme, incomprise de tous ! —
Sous le toit paternel, je me sens étrangère ;
Au sein des flots humains je reste solitaire !