Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/40

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Sous sa libre bannière, abrite ses proscrits,
Offre à ses émigrés de verdoyants asiles,
Laisse l’Épiscopat tenir ses grands Conciles ;
Et l’Évêque, le prêtre, et le chrétien aussi,
Peut dire : « Où donc l’Église est plus libre qu’ici ? »
Oh ! oui, je le pressens, et je le prophétise :
Il est grand l’avenir de notre jeune Église !
Oui, sous la République et dans sa liberté,
Dieu seul a le secret de sa fécondité !
Ici, nul Empereur, nul Czar, nul Roi despote,
En son orgueil jaloux, ne l’exile ou garrotte ;
Ne la force, pour prix de sa protection,
D’accepter la plus dure et lourde oppression :
Car, depuis Charlemagne, aussi grand que fidèle,
Quel glaive protecteur ne s’est tourné contre elle ?
Mais, quel glaive, — frappé par le céleste éclair, —
A pu se retremper aux flammes de l’enfer ?
Non, ce n’est pas en vain que de fiers Autocrates,
Sombres imitateurs des Royautés ingrates,
Ont osé menacer le Chef du Vatican :
Leur trône a chancelé, miné par un volcan ! —
Défiant l’hérésie, aussi bien que le glaive,
Rayonnante toujours, la Papauté s’élève,
Semblable à l’Obélisque antédiluvien,
Sortant vainqueur des flots, colosse olympien ;
L’Obélisque qu’en vain, sur sa base immuable,
Le Simoun heurte encor de ses vagues de sable !
Contre ses droits divins rien ne peut prévaloir ;
Rien ne peut obscurcir son immortel espoir :
Sur les vastes débris et les sombres ruines,
Luit toujours l’arc-en-ciel des promesses divines !…
Malheur au Sacrilège, en son aveuglement,
Qui touche à l’Arche Sainte, et rêve insensément,
Au front du Roi-Pontife arrachant la tiare,
D’éteindre de la foi l’inextinguible phare !
Le Guerrier Corse osa, dans sa fougue, y toucher :
Il fut par l’Océan jeté sur un rocher !
Tel, atteint par la foudre, un aigle, en son audace,
Descend comme un éclair qui sillonne l’espace !…
Nul ne brave et n’insulte en vain le Saint Vieillard ;
Nul en vain contre lui ne lève l’étendard :
Les Rois, les Nations, Jéhova les foudroie,
Les frappe de vertige ; et, dans leur fausse joie,
Les pousse vers l’abîme, où la mort les attend,
Avec son froid linceul pour couvrir leur néant !
Osez donc résister, ou jeter votre insulte
À l’auguste Vieillard, objet de notre culte :
La foudre vengeresse, en frappant votre front
Couronné par l’orgueil, effacera l’affront ;