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Permets qu’elle s’envole au désert du Lacombe ;
Et pour aider son aile, en ce mystique élan,
Oh ! prête-lui ta force, Aigle du Vatican !
Pio Nono, Saint-Père, écoute ma prière :
Au nom d’Emmanuel et de sa Vierge Mère,
Au nom de Saint Antoine et de Paul le divin,
D’Étienne de Grandmont, de Pierre Célestin,
Aigles contemplatifs, flambeaux des solitudes ;
Ah ! permets que, voilée et loin des multitudes,
Ma Muse en Dieu s’isole et n’aime que lui seul,
De l’oubli du passé se faisant un linceul ;
Et que, se dévouant à la vie ascétique,
Elle retrouve ici la Thébaïde antique :
Répands sur elle, à flots, des hauteurs de Sion,
Répands avec amour ta bénédiction ;
Oui, pour elle et pour moi, je t’implore et supplie :
Réponds à ma prière, à sa mélancolie ;
Réponds ! car notre espoir repose en ta bonté,
En ton amour sans borne et ton Autorité !
— Mais, du haut de ton trône, il me semble, ô Saint-Père,
Pontife Souverain, successeur de Saint-Pierre,
Il me semble t’entendre, en souriant d’amour,
Avec un doux accent me répondre à ton tour :
« Pourquoi donc, en parlant un céleste idiome,
« Adresser ta supplique au Pontife de Rome ?
« Pourquoi, dans la ferveur de ton premier élan,
« Implores-tu l’appui du Chef du Vatican ?
« N’as-tu pas près de toi l’Ange du Diocèse
« Dont le nom est pour tous synonyme d’ascèse ;
« Dont le nom seul, — Antoine, — écrit dans les déserts,
« Rappelle à notre cœur tant d’ascètes divers,
« Tant d’astres lumineux et de lampes ardentes,
« Tant de mystiques fleurs près des sources vivantes ?
« N’as-tu pas, pour aimer, pour comprendre et bénir,
« Un cœur qui s’est montré toujours lent à punir ?
« C’est à lui qu’il fallait adresser ta supplique ;
« C’est lui qui t’a sacré de l’onction mystique ;
« Il est ton père et guide ; il t’aime et te connaît ;
« C’est à lui de juger, d’approuver ton attrait.
« Et d’une voix puissante, autant que paternelle,
« De dire, en t’embrassant : Repose sous mon aile ;
« Contemple, adore et chante, immobile à l’écart ;
« La part que tu choisis est la meilleure part !
« Sois libre en ton désert et sans sollicitude :
« Ainsi qu’en Orient, ici la solitude,
« Ici la Thébaïde est un Éden fleuri ;
« Sois libre en ta forêt, sois seul et sois béni ! »