Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/57

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Et chaque astre, éclairant l’espace illimité,
Tourne autour du Soleil, leur centre d’unité.
De degrés en degrés, depuis le frêle atome,
L’invisible ciron, nous montons jusqu’à l’homme ;
De l’homme jusqu’à l’Ange ; et des Anges, à Dieu ;
À Dieu, Cercle infini, qui n’a pas de milieu ;
À Dieu, l’Effet sans cause, et la Cause des causes ;
Dieu, Principe, Moyen et But de toutes choses ;
L’Être Incrée, qui Seul a pu dire : Je suis !
D’un mot, je peux créer ; et d’un mot, je détruis !…
 L’ordre de la nature ou l’ordre de la grâce,
Du doigt divin nous laisse apercevoir la trace :
Du pur esprit de l’Ange à l’esprit incarné,
Le premier libre au ciel, et l’autre emprisonné ;
L’un esclave, exilé, lié par la matière ;
L’autre affranchi, sublime, éclatant de lumière ;
De l’élément grossier au fluide éthéré,
Qui toujours plus subtil est plus inaltéré ;
De degrés en degrés, l’âme parcourt la chaîne,
Et va se perdre enfin dans l’Âme Souveraine !
 Au milieu du conflit d’êtres changeants, divers,
D’après l’Ordre Éternel, tout marche en l’univers ;
Tout va, de sphère en sphère, et de la base au faîte ;
De la chose ébauchée à la forme parfaite ;
Du monde corporel au monde de l’Esprit ;
Du monde intelligible où l’âme resplendit,
Au monde de la grâce, où tout se divinise ;
Tout gravite vers Dieu, tout en Lui s’harmonise ;
Et l’Univers visible, et l’ordre temporel,
N’est qu’une expression de l’invisible Ciel !
 Tout l’univers, réglé par la bonté divine,
Vers un but glorieux doucement s’achemine ;
Une double clarté, — la raison et la foi, —
De la création nous révèle la loi ;
Notre esprit, au dessus des substances sensibles,
Plane libre en des cieux, aux corps inaccessibles ;
Et par la foi céleste, et par l’amour divin,
Par l’extase, est semblable à l’ardent Séraphin !

 Or, selon qu’ici-bas chacun vit de la grâce,
Par l’esprit ou le corps ; selon ce qu’il embrasse :
Il est ange, homme ou brute ; il est esclave ou roi ;
Il suit l’aveugle instinct ou la divine foi :
Oui, selon son penchant, il rampe, marche ou vole ;
Il n’a qu’un front stupide, ou porte une auréole ;
Il se traîne sur terre, ou plane avec l’oiseau ;
Dans la fange ou le ciel, il place son berceau ;
Il a Satan pour chef, ou Jésus-Christ pour Maître ;
Il est tout animal, ou tout ce qu’il doit être !…