Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/60

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Quand ils vinrent, chargés, — non de poudre et de plomb,
Comme les meurtriers qui suivirent Colomb, —
Mais armés de la Croix : Ces conquérants des âmes,
Que tu vis les premiers planter leurs oriflammes,
Et laisser en tous lieux les traces de leurs pas,
Traversant la forêt d’ombrageux catalpas,
Le désert sablonneux et la savane nue, —
Ont-ils jamais manqué, — la nuit étant venue, —
Du repas qu’il fallait à leurs corps épuisés,
Ou d’abris verdoyants, d’antres par toi creusés ?
Ainsi que le renard, qui trouve sa tanière,
La colombe son nid, et l’aigle altier son aire,
N’ont-ils pas rencontré l’asile hospitalier,
Et la source d’eau vive, et le fruit nourricier ?
Hennepin, De Soto, Garnier, Brébeuf et Jogues, —
De tant d’autres suivis dans leurs frêles pirogues, —
Tu les as vus franchir les grands lacs orageux,
Et vaincre le courant des fleuves écumeux !
 Apôtres-pionniers de la bonne nouvelle
Au milieu des périls, n’écoutant que leur zèle,
Dans les vallons fleuris ou sur les verts coteaux,
Quand ils passaient le soir, que leurs pieds étaient beaux !
Que leurs pieds étaient beaux, blessés par les épines,
Sur la neige imprimant des taches purpurines ;
Et que leur sang fécond, en tombant sur ton sein,
A fait germer de lys au soleil du matin !
Oh ! qu’il était fervent l’esprit des Robes-Noires ;
Que leur gloire était pure, entre toutes les gloires !
Qu’ils se sont montrés grands dans leur apostolat,
Et que leur souvenir rayonne encor d’éclat ! —
 Quelles sombres forêts, ou vertes solitudes,
Quels déserts reculés, séjours mornes et rudes,
Par ces Anges de paix n’ont pas été bénis ?
Oh ! qu’ils sont glorieux les tranquilles abris,
Les tertres verdoyants, les sépulcres agrestes,
Les châsses de granit, où reposent leurs restes !
Dans l’exil, embrasés de célestes désirs,
C’étaient-là des héros, c’étaient-là des martyrs !



la robe-noire.


Lorsque j’errais tout seul, dans la paisible enceinte,
Où j’appris les secrets de la Science Sainte ;
Dans la céleste ardeur d’un zèle virginal,
Je vis au loin briller un astre occidental.
 Quand, jeune encore, assis aux bancs du Séminaire,
M’apparut un Évêque, un saint missionnaire,
Un homme apostolique, ayant pour tout manteau,
En venant du désert, sa peau de buffalo ;
Lorsqu’il prit la parole, et, brûlant d’éloquence,