Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t1.djvu/412

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doit suivre dans leur application, est que de pere en fils & de proche en proche, les biens de la famille en sortent & s’alienent le moins qu’il est possible. Il y a une raison sensible de ceci en faveur des enfans, à qui le droit de propriété seroit fort inutile, si le pere ne leur laissoit rien, & qui de plus ayant souvent contribué par leur travail à l’acquisition des biens du pere, sont de leur chef associés à son droit. Mais une autre raison, plus éloignée & non moins importante, est que rien n’est plus funeste aux mœurs & à la République, que les changemens continuels d’état & de fortune entre les citoyens ; changemens qui sont la preuve & la source de mille désordres, qui bouleversent & confondent tout, & par lesquels ceux qui sont élevés pour une chose, se trouvant destinés pour une autre, ni ceux qui montent, ni ceux qui descendent ne peuvent prendre les maximes ni les lumieres convenables à leur nouvel état, & beaucoup moins en remplir les devoirs. Je passe à l’objet des finances publiques.

Si le peuple se gouvernoit lui-même, & qu’il n’y eût rien d’intermédiaire entre l’administration de l’Etat & les citoyens, ils n’auroient qu’à se cottiser dans l’occasion, à proportion des besoins publics & des facultés des particuliers ; & comme chacun ne perdroit jamais de vue le recouvrement ni l’emploi des deniers, il ne pourroit se glisser ni fraude ni abus dans leur maniement : l’Etat ne seroit jamais obéré de dettes, ni le peuple accablé d’impôts, ou du moins la sûreté de l’emploi le consoleroit de la dureté de la taxe. Mais les choses ne sauroient aller ainsi ; & quelque borné que soit un Etat, la société civile y est toujours trop nombreuse pour pouvoir