Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/191

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plus vivre sans l’une & sans l’autre. Qui m’eût dit que je ne les reverrois de ma vie & que là finiroient nos éphémeres amours ?

Ceux qui liront ceci ne manqueront pas de rire de mes aventures galantes, en remarquant qu’après beaucoup de préliminaires, les plus avancées finissent par baiser la main. Ô mes lecteurs, ne vous y trompez pas ! J’ai peut-être eu plus de plaisir dans mes amours en finissant par cette main baisée, que vous n’en aurez jamais dans les vôtres, en commençant tout au moins par-là.

Venture qui s’étoit couché fort tard la veille, rentra peu de tems après moi. Pour cette fois je ne le vis pas avec le même plaisir qu’à l’ordinaire & je me gardai de lui dire comment j’avois passé ma journée. Ces Demoiselles m’avoient parlé de lui avec peu d’estime & m’avoient paru mécontentes de me savoir en si mauvaises mains ; cela lui fit tort dans mon esprit : d’ailleurs tout ce qui me distrayoit d’elles ne pouvoit que m’être désagréable. Cependant il me rappela bientôt à lui & à moi en me parlant de ma situation. Elle étoit trop critique pour pouvoir durer. Quoique je dépensasse très-peu de chose, mon petit pécule achevoit de s’épuiser ; j’étois sans ressource. Point de nouvelles de Maman ; je ne savois que devenir & je sentois un cruel serrement de cœur, de voir l’ami de Mademoiselle Galley réduit à l’aumône.

Venture me dit qu’il avoit parlé de moi à Monsieur le Juge-Mage, qu’il vouloit m’y mener dîné le lendemain, que c’étoit un homme en état de me rendre service par ses amis ; d’ailleurs une bonne connoissance à faire, un homme d’esprit &