Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/196

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leçons utiles, j’ai cru pouvoir par reconnoissance lui consacrer un petit souvenir.

Si-tôt que je fus libre, je courus dans la rue de Mademoiselle Galley, me flattant de voir entrer ou sortir quelqu’un ou du moins ouvrir quelque fenêtre. Rien ; pas un chat ne parut & tout le tems que je fus là, la maison demeura aussi close que si elle n’eût point été habitée. La rue étoit petite & déserte, un homme s’y remarquoit : de tems en tems quelqu’un passoit, entroit ou sortoit au voisinage. J’étois fort embarrassé de ma figure : il me sembloit qu’on devinoit pourquoi j’étois là, & cette idée me mettoit au supplice : car j’ai toujours préféré à mes plaisirs l’honneur & le repos de celles qui m’étoient cheres.

Enfin las de faire l’amant espagnol & n’ayant point de guitare, je pris le parti d’aller écrire à Mademoiselle de G***

[Graffenried] . J’aurois préféré d’écrire à son amie ; mais je n’osois & il convenoit de commencer par celle à qui je devois la connoissance de l’autre & avec qui j’étois plus familier. Ma lettre faite, j’allai la porter à Mademoiselle Giraud, comme j’en étois convenu avec ces Demoiselles en nous séparant. Ce furent elles qui me donnerent cet expédient. Mademoiselle Giraud étoit contre-pointiere & travaillant quelquefois chez Madame Galley, elle avoit l’entrée de sa maison. La messagere ne me parut pourtant pas trop bien choisie ; mais j’avois peur si je faisois des difficultés sur celle-là, qu’on ne m’en proposât point d’autre. De plus, je n’osai dire qu’elle vouloit travailler pour son compte. Je me sentois humilié qu’elle osât se croire pour moi du même sexe que ces Demoiselles. Enfin