Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/205

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Quel caprice !

Quelle injustice !

Quoi, ta Clarice

Trahiroît tes feux ! etc.

Venture m’avoit appris cet air avec la basse sur d’autres paroles, à l’aide desquelles je l’avois retenu. Je mis donc à la fin de ma composition ce menuet & sa basse en supprimant les paroles & je le donnai pour être de moi, tout aussi résolument que si j’avois parlé à des habitans de la lune.

On s’assemble pour exécuter ma piece. J’explique à chacun le genre du mouvement, le goût de l’exécution, les renvois des parties ; j’étois fort affairé. On s’accorde pendant cinq ou six minutes qui furent pour moi cinq ou six siecles. Enfin tout étant prêt, je frappe avec un beau rouleau de papier sur mon pupitre magistral les cinq ou six coups du prenez garde à vous. On fait silence ; je me mets gravement à battre la mesure, on commence... non, depuis qu’il existe des opéras françois, de la vie on n’ouit un semblable charivari. Quoi qu’on eût pu penser de mon prétendu talent, l’effet fut pire que tout ce qu’on sembloit attendre. Les musiciens étouffoient de rire ; les auditeurs ouvroient de grands yeux & auroient bien voulu fermer les oreilles ; mais il n’y avoit pas moyen. Mes bourreaux de symphonistes qui vouloient s’égayer racloient à percer le tympan d’un quinze-vingt. J’eus la constance d’aller toujours mon train, suant, il est vrai à grosses gouttes ; mais retenu par la honte, n’osant m’enfuir & tout planter là. Pour ma consolation j’entendois autour de moi les assistans se dire à leur oreille ou plutôt à la mienne. L’un, il n’y a rien là de