Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/214

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À Berne mes fonctions ne lui furent pas inutiles & je ne m’en tirai pas aussi mal que j’avois craint. J’étois bien plus hardi & mieux parlant que je n’aurois été pour moi-même. Les choses ne se passerent pas aussi simplement qu’à Fribourg. Il fallut de longues & fréquentes conférences avec les premiers de l’Etat & l’examen de ses titres ne fut pas l’affaire d’un jour. Enfin tout étant en regle, il fut admis à l’audience du Sénat. J’entrai avec lui comme son interpréte & l’on me dit de parler. Je ne m’attendois à rien moins & il ne m’étoit pas venu dans l’esprit qu’après avoir long-tems conféré avec les membres, il fallût s’adresser au Corps comme si rien n’eût été dit. Qu’on juge de mon embarras ! Pour un homme aussi honteux, parler, non-seulement en public, mais devant le Sénat de Berne & parler impromptu sans avoir une seule minute pour me préparer ; il y avoit là de quoi m’anéantir. Je ne fus pas même intimidé. J’exposai succinctement & nettement la commission de l’Archimandrite. Je louai la piété des Princes qui avoient contribué à la collecte qu’il étoit venu faire. Piquant d’émulation celle de Leurs Excellences, je dis qu’il n’y avoit pas moins à esperer de leur munificence accoutumée, & puis tâchant de prouver que cette bonne œuvre en étoit également une pour tous les chrétiens sans distinction de secte, je finis par promettre les bénédictions du Ciel à ceux qui voudroient y prendre part. Je ne dirai pas que mon discours fit effet ; mais il est sûr qu’il fut goûté & qu’au sortir de l’audience l’Archimandrite reçut un présent fort honnête & de plus, sur l’esprit de son secrétaire, des complimens dont j’eus l’agréable emploi d’être le truchement ; mais