Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/237

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appelloit secrétaires, furent employés à cet ouvrage & c’étoit parmi ces derniers que Maman m’avoit fait inscrire. Le poste sans être fort lucratif donnoit de quoi vivre au large dans ce pays-là. Le mal étoit que cet emploi n’étoit qu’à tems, mais il mettoit en état de chercher & d’attendre & c’étoit par prévoyance qu’elle tâchoit de m’obtenir de l’Intendant une protection particuliere pour pouvoir passer à quelque emploi plus solide quand le tems de celui-là seroit fini.

J’entrai en fonction peu de jours après mon arrivée. Il n’y avoit à ce travail rien de difficile & je fus bientôt au fait. C’est ainsi qu’après quatre ou cinq ans de courses, de folies & de souffrances depuis ma sortie de Geneve, je commençai pour la premiere fois de gagner mon pain avec honneur.

Ces longs détails de ma premiere jeunesse auront paru bien puérils & j’en suis fâché : quoique né homme à certains égards, j’ai été long-tems enfant & je le suis encore à beaucoup d’autres. Je n’ai pas promis d’offrir au public un grand personnage, j’ai promis de me peindre tel que je suis & pour me connoître dans mon âge avancé, il faut m’avoir bien connu dans ma jeunesse. Comme en général les objets font moins d’impression sur moi que leurs souvenirs & que toutes mes idées sont en images, les premiers traits qui se sont gravés dans ma tête y sont demeurés & ceux qui s’y sont empreints dans la suite se sont plutôt combinés avec eux qu’ils ne les ont effacés. Il y a une certaine succession d’affections & d’idées qui modifient celles qui les suivent & qu’il faut connoître pour en bien juger. Je m’applique à bien développer par-tout les premieres causes pour faire sentir l’enchaînement des effets. Je voudrois