Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/244

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goûts venus à la traverse n’eussent fait diversion à celui-là.

Quoiqu’il ne fallût pas à nos opérations une arithmétique bien transcendante, il en falloit assez pour m’embarrasser quelquefois. Pour vaincre cette difficulté j’achetai des livres d’arithmétique & je l’appris bien ; car je l’appris seul. L’arithmétique pratique s’étend plus loin qu’on ne pense, quand on y veut mettre l’exacte précision. Il y a des opérations d’une longueur extrême, au milieu desquelles j’ai vu quelquefois de bons géometres s’égarer. La réflexion jointe à l’usage donne des idées nettes & alors on trouve des méthodes abrégées dont l’invention flatte l’amour-propre, dont la justesse satisfait l’esprit & qui font faire avec plaisir un travail ingrat par lui-même. Je m’y enfonçai si bien qu’il n’y avoit point de question soluble par les seuls chiffres qui m’embarrassât & maintenant que tout ce que j’ai su s’efface journellement de ma mémoire, cet acquis y demeure encore en partie, au bout de trente ans d’interruption. Il y a quelques jours que dans un voyage que j’ai fait à Davenport chez mon hôte, assistant à la leçon d’arithmétique de ses enfans, j’ai fait sans faute avec un plaisir incroyable une opération des plus composées. Il me sembloit en posant mes chiffres, que j’étois encore à Chambéri dans mes heureux jours. C’étoit revenir de loin sur mes pas.

Le lavis des mappes de nos géometres m’avoit aussi rendu le goût du dessin. J’achetai des couleurs & je me mis à faire des fleurs & des paysages. C’est dommage que je me sois trouvé peu de talent pour cet art ; l’inclination y étoit toute