Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/250

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plus que les hommes leur attachent les femmes de tous les pays, leurs chefs-d’œuvre dramatiques affectionnent la jeunesse à leurs théâtres. La célébrité de celui de Paris y attire des foules d’étrangers qui en reviennent enthousiastes. Enfin l’excellent goût de leur littérature leur soumet tous les esprits qui en ont, & dans la guerre si malheureuse dont ils sortent, j’ai vu leurs Auteurs & leurs Philosophes soutenir la gloire du nom François ternie par leurs Guerriers.

J’étois donc François ardent & cela me rendit nouvelliste. J’allois avec la foule des gobe-mouches attendre sur la place l’arrivée des courriers, & plus bête que l’âne de la fable, je m’inquiétois beaucoup pour savoir de quel maître j’aurois l’honneur de porter le bât : car on prétendoit alors que nous appartiendrions à la France & l’on faisoit de la Savoie un échange pour le Milanois. Il faut pourtant convenir que j’avois quelques sujets de craintes ; car si cette guerre eût mal tourné pour les Alliés, la pension de Maman couroit un grand risque. Mais j’étois plein de confiance dans mes bons amis & pour le coup, malgré la surprise de M. de Broglie, cette confiance ne fut pas trompée, grâces au roi de Sardaigne à qui je n’avois pas pensé.

Tandis qu’on se battoit en Italie, on chantoit en France. Les Opéras de Rameau commençoient à faire du bruit & releverent ses ouvrages théoriques que leur obscurité laissoit à la portée de peu de gens. Par hasard, j’entendis parler de son traité de l’harmonie & je n’eus point de repos que je n’eusse acquis ce livre. Par un autre hasard, je tombai malade. La maladie étoit inflammatoire ; elle fut vive & courte ; mais ma convalescence fut longue