Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/254

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Comme je n’aurai plus à parler de ce pauvre P.Caton, que j’acheve ici en deux mots sa triste histoire. Les autres moines jaloux ou plutôt furieux de lui voir un mérite, une élégance de mœurs qui n’avoit rien de la crapule monastique le prirent en haine, parce qu’il n’étoit pas aussi haïssable qu’eux. Les chefs se liguerent contre lui & ameuterent les moinillons envieux de sa place & qui n’osoient auparavant le regarder. On lui fit mille affronts, on le destitua, on lui ôta sa chambre qu’il avoit meublée avec goût quoique avec simplicité, on le relégua je ne sais où ; enfin ces misérables l’accablerent de tant d’outrages que son ame honnête & fiere avec justice n’y put résister, & après avoir fait les délices des sociétés les plus aimables, il mourut de douleur sur un vil grabat, dans quelque fond de cellule ou de cachot, regretté, pleuré de tous les honnêtes gens dont il fut connu & qui ne lui ont trouvé d’autre défaut que d’être moine.

Avec ce petit train de vie je fis si bien en ait peu de tems qu’absorbé tout entier par la musique, je me trouvai hors d’état de penser à autre chose. Je n’allois plus à mon bureau qu’à contre-cœur, la gêne & l’assiduité au travail m’en firent un supplice insupportable & j’en vins enfin à vouloir quitter mon emploi pour me livrer totalement à la musique. On peut croire que cette folie ne passa pas sans opposition. Quitter un poste honnête & d’un revenu fixe pour courir après des écoliers incertains, étoit un parti trop peu sensé pour plaire à Maman. Même en supposant mes progrès futurs aussi grands que je me les figurois, c’étoit borner bien modestement