Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/262

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été ni recherchée ni acceptée, Madame de M***.

[Menthon] chercha depuis lors à jouer à sa rivale plusieurs tours dont aucun ne réussit. J’en rapporterai un des plus comiques par maniere d’échantillon. Elles étoient ensemble à la campagne avec plusieurs Gentilshommes du voisinage & entr’autres l’aspirant en question. Madame de M***.

[Menthon] dit un jour à un de ces Messieurs que Madame de Warens n’étoit qu’une précieuse, qu’elle n’avoit point de goût, qu’elle se mettoit mal, qu’elle couvroit sa gorge comme une bourgeoise. Quant à ce dernier article, lui dit l’homme, qui étoit un plaisant, elle a ses raisons & je sais qu’elle a un gros vilain rat empreint sur le sein, mais si ressemblant qu’on diroit qu’il court. La haine ainsi que l’amour rend crédule. Madame de M***.

[Menthon] résolut de tirer parti de cette découverte & un jour que Maman étoit au jeu avec l’ingrat favori de la Dame, celle-ci prit son tems pour passer derriere sa rivale, puis renversant à demi sa chaise elle découvrit adroitement son mouchoir. Mais au lieu du gros rat, le Monsieur ne vit qu’un objet fort différent qu’il n’étoit pas plus aisé d’oublier que de voir & cela ne fit pas le compte de la Dame.

Je n’étois pas un personnage à occuper Madame de M***.

[Menthon] qui ne vouloit que des gens brillans autour d’elle. Cependant elle fit quelque attention à moi, non pour ma figure dont assurément elle ne se soucioit point du tout, mais pour l’esprit qu’on me supposoit & qui m’eût pu rendre utile à ses goûts. Elle en avoit un assez vif pour la satire. Elle aimoit à faire des chansons & des vers sur les gens qui lui déplaisoient. Si elle m’eût trouvé assez de talent pour lui aider à