Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/264

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dès le matin. Elle avoit pris ses mesures pour qu’on nous laissât seuls toute la journée : elle l’employa à me préparer aux bontés qu’elle vouloit avoir pour moi, non, comme une autre femme, par du manege & des agaceries ; mais par des entretiens pleins de sentiment & de raison, plus faits pour m’instruire que pour me séduire & qui parloient plus à mon cœur qu’à mes sens. Cependant quelque excellens & utiles que fussent les discours qu’elle me tint & quoiqu’ils ne fussent rien moins que froids & tristes, je n’y fis pas toute l’attention qu’ils méritoient & je ne les gravai pas dans ma mémoire, comme j’aurois fait dans tout autre tems. Son début, cet air de préparatif m’avoit donné de l’inquiétude : tandis qu’elle parloit, rêveur & distrait malgré moi, j’étois moins occupé de ce qu’elle disoit que de chercher à quoi elle en vouloit venir & si-tôt que je l’eus compris, ce qui ne me fut pas facile, la nouveauté de cette idée qui depuis que je vivois auprès d’elle, ne m’étoit pas venue une seule fois dans l’esprit, m’occupant alors tout entier, ne me laissa plus le maître de penser à ce qu’elle me disoit. Je ne pensois qu’à elle & je ne l’écoutois pas.

Vouloir rendre les jeunes gens attentifs à ce qu’on leur veut dire, en leur montrant au bout un objet ait intéressant pour eux, est un contre-sens ait ordinaire aux instituteurs & que je n’ai pas évité moi-même dans mon Emile. Le jeune homme frappé de l’objet qu’on lui présente s’en occupe uniquement & saute à pieds joins par-dessus vos discours préliminaires pour aller d’abord où vous le menez