Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/327

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comparer & choisir. Cette méthode n’est pas sans inconvéniens, je le sais, mais elle m’a réussi dans l’objet de m’instruire. Au bout de quelques années passées à ne penser exactement que d’après autrui, sans réfléchir, pour ainsi dire & presque sans raisonner, je me suis trouvé un assez grand fonds d’acquis pour me suffire à moi-même & penser sans le secours d’autrui. Alors quand les voyages & les affaires m’ont ôté les moyens de consulter les livres, je me suis amusé à repasser & comparer ce que j’avois lu, à peser chaque chose à la balance de la raison & à juger quelquefois mes maîtres. Pour avoir commencé tard à mettre en exercice ma faculté judiciaire, je n’ai pas trouvé qu’elle eût perdu sa vigueur, & quand j’ai publié mes propres idées, on ne m’a pas accusé d’être un disciple servile & de jurer in verba magistri.

Je passois de-là à la géométrie élémentaire ; car je n’ai jamais été plus loin, m’obstinant à vouloir vaincre mon peu de mémoire à force de revenir cent & cent fois sur mes pas & de recommencer incessamment la même marche. Je ne goûtai pas celle d’Euclide qui cherche plutôt la chaîne des démonstrations que la liaison des idées ; je préférai la géométrie du Pere Lami qui dès-lors devint un de mes Auteurs favoris & dont je relis encore avec plaisir les ouvrages. L’algebre suivoit & ce fut toujours le Pere Lami que je pris pour guide ; quand je fus plus avancé je pris la science du calcul du Pere Reynaud, puis son analyse démontrée que je n’ai fait qu’effleurer. Je n’ai jamais été assez loin pour bien sentir l’application de l’algebre à la géométrie. Je n’aimois point cette maniere d’opérer sans voir ce qu’on fait ; il me sembloit que