Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/328

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résoudre un probleme de géométrie par les équations, c’étoit jouer un air en tournant une manivelle. La premiere fois que je trouvai par le calcul que le carré d’un binôme étoit composé du carré de chacune de ses parties & du double produit de l’une par l’autre, malgré la justesse de ma multiplication, je n’en voulus rien croire jusqu’à ce que j’eusse fait la figure. Ce n’étoit pas que je n’eusse un grand goût pour l’algebre en n’y considérant que la quantité abstraite ; mais appliquée à l’étendue je voulois voir l’opération sur les lignes, autrement je n’y comprenois plus rien.

Après cela venoit le latin. C’étoit mon étude la plus pénible & dans laquelle je n’ai jamais fait de grands progrès. Je me mis d’abord à la méthode latine de Port-Royal, mais sans fruit. Ces vers ostrogoths me faisoient mal au cœur & ne pouvoient entrer dans mon oreille. Je me perdois dans ces foules de regles & en apprenant la derniere, j’oubliois tout ce qui avoit précédé. Une étude de mots n’est pas ce qu’il faut à un homme sans mémoire, c’étoit précisément pour forcer ma mémoire à prendre de la capacité, que je m’obstinois à cette étude. Il fallut l’abandonner à la fin. J’entendois assez la construction pour pouvoir lire un auteur facile, à l’aide d’un dictionnaire. Je suivis cette route & je m’en trouvai bien. Je m’appliquai à la traduction, non par écrit, mais mentale & je m’en tins là. À force de tans & d’exercice je suis parvenu à lire assez couramment les Auteurs latins, mais jamais à pouvoir ni parler ni écrire dans cette langue ; ce qui m’a souvent mis dans l’embarras quand je me suis trouvé, je ne sais comment, enrôlé parmi les gens de lettres. Un autre inconvénient