Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/330

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en faisoient mieux goûter la douceur. J’avois une autre petite famille au bout du jardin : c’étoient des abeilles. Je ne manquois gueres & souvent Maman avec moi d’aller leur rendre visite ; je m’intéressois beaucoup à leur ouvrage, je m’amusois infiniment à les voir revenir de la picorée, leurs petites cuisses quelquefois si chargées qu’elles avoient peine à marcher. Les premiers jours la curiosité me rendit indiscret & elles me piquerent deux ou trois fois ; mais ensuite nous fîmes si bien connoissance, que quelque près que je vinsse elles me laissoient faire & quelque pleines que fussent les ruches, prêtes à jetter leur essaim, j’en étois quelquefois entouré, j’en avois sur les mains, sur le visage, sans qu’aucune me piquât jamais. Tous les animaux se défient de l’homme & n’ont pas tort ; mais sont-ils sûrs une fois qu’il ne leur veut pas nuire, leur confiance devient si grande qu’il faut être plus que barbare pour en abuser.

Je retournois à mes livres : mais mes occupations de l’après-midi devoient moins porter le nom de travail & d’étude que de récréation & d’amusement. Je n’ai jamais pu supporter l’application du cabinet après mon dîné & en général toute peine me coûte durant la chaleur du jour. Je m’occupois pourtant ; mais sans gêne & presque sans regle, à lire sans étudier. La chose que je suivois le plus exactement étoit l’histoire & la géographie, & comme cela ne demandoit point de contention d’esprit, j’y fis autant de progrès que le permettoit mon peu de mémoire. Je voulus étudier le P. Pétau & je m’enfonçai dans les ténebres de la chronologie ; mais je me dégoûtai de la partie critique qui n’a ni fond ni rive,