Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/351

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fallut nous séparer, & j’avoue qu’il en étoit tans ; non que je fusse rassasié ni prêt à l’être ; je m’attachois chaque jour davantage ; mais malgré toute la discrétion de la Dame, il ne me restoit gueres que la bonne volonté. Nous donnâmes le change à nos regrets par des projets pour notre réunion. Il fut décidé que puisque ce régime me faisoit du bien j’en userois & que j’irois passer l’hiver au ***.

[Bourg St. Andiol] sous la direction de Madame N***.

[Larnage] . Je devois seulement rester à Montpellier cinq ou six semaines, pour lui laisser le tans de préparer les choses de maniere à prévenir les caquets. Elle me donna d’amples instructions sur ce que je devois savoir, sur ce que je devois dire, sur la maniere dont je devois me comporter. En attendant nous devions nous écrire. Elle me parla beaucoup & sérieusement du soin de ma santé ; m’exhorta de consulter d’habiles gens, d’être très-attentif à tout ce qu’ils me prescriroient & se chargea, quelque sévere que pût être leur ordonnance, de me la faire exécuter tandis que je serois auprès d’elle. Je crois qu’elle parloit sincerement, car elle m’aimoit : elle m’en donna mille preuves plus sûres que des faveurs. Elle jugea par mon équipage que je ne nageois pas dans l’opulence ; quoiqu’elle ne fût pas riche elle-même, elle voulut à notre séparation me forcer de partager sa bourse qu’elle apportoit de Grenoble assez bien garnie & j’eus beaucoup de peine à m’en défendre. Enfin je la quittai le cœur tout plein d’elle, & en lui laissant, ce me semble, un véritable attachement pour moi.

J’achevois ma route en la recommençant dans mes souvenirs & pour le coup très-content d’être dans une bonne