Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/356

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


du pari, nos joueurs & leurs boules à travers des chemins raboteux & pleins de pierres, je faisois un exercice agréable & salutaire qui me convenoit tout-à-fait. On goûtoit dans un cabaret hors de la ville. Je n’ai pas besoin de dire que ces goûters étoient gais, mais j’ajouterai qu’ils étoient assez décens, quoique les filles du cabaret fussent jolies. M. Fitz-Moris grand joueur de mail, étoit notre président, je puis dire malgré la mauvaise réputation des étudians, que je trouvai plus de mœurs & d’honnêteté parmi toute cette jeunesse, qu’il ne seroit aisé d’en trouver dans le même nombre d’hommes faits. Ils étoient plus bruyans que crapuleux, plus gais que libertins, & je me monte si aisément à un train de vie quand il est volontaire, que je n’aurois pas mieux demandé que de voir durer celui-là toujours. Il y avoit parmi ces étudians plusieurs Irlandois, avec lesquels je tâchois d’apprendre quelques mots d’Anglois par précaution pour le ***.

[Bourg St. Andiol] car le tans approchoit de m’y rendre. Madame N***.

[Larnage] m’en pressoit chaque ordinaire & je me préparois à lui obéir. Il étoit clair que mes médecins, qui n’avoient rien compris à mon mal, me regardoient comme un malade imaginaire & me traitoient sur ce pied avec leur squine, leurs eaux & leur petit-lait. Tout au contraire des théologiens, les médecins & les philosophes n’admettent pour vrai que ce qu’ils peuvent expliquer & font de leur intelligence la mesure des possibles. Ces Messieurs ne connoissoient rien à mon mal ; donc je n’étois pas malade : car comment supposer que des Docteurs ne sussent pas tout ? Je vis qu’ils ne cherchoient qu’à m’amuser & me faire manger mon argent, & jugeant que leur substitut