Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/361

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


perruquier & couroit le monde en cette qualité quand il vint se présenter à Madame de Warens, qui le reçut bien, comme elle faisoit tous les passans & sur-tout ceux de son pays. C’étoit un grand fade blondin, assez bien fait, le visage plat, l’esprit de même, parlant comme le beau Liandre, mêlant tous les tons, tous les goûts de son état avec la longue histoire de ses bonnes fortunes ; ne nommant que la moitié des Marquises avec lesquelles il avoit couché & prétendant n’avoir point coiffé de jolies femmes, dont il n’eût aussi coiffé les maris. Vain, sot, ignorant, insolent ; au demeurant le meilleur fils du monde. Tel fut le substitut qui me fut donné pendant mon absence & l’associé qui me fut offert après mon retour.

Ô ! Si les âmes dégagées de leurs terrestres entraves, voyent encore du sein de l’éternelle lumiere ce qui se passe chez les mortels, pardonnez, ombre chere & respectable, si je ne fais pas plus de grace à vos fautes qu’aux miennes, si je dévoile également les unes & les autres aux yeux des lecteurs. Je dois, je veux être vrai pour vous comme pour moi-même ; vous y perdrez toujours beaucoup moins que moi. Eh ! Combien votre aimable & doux caractere, votre inépuisable bonté de cœur, votre franchise & toutes vos excellentes vertus ne rachetent-elles pas de foiblesses, si l’on peut appeller ainsi les torts de votre seule raison ? Vous eûtes des erreurs & non pas des vices ; votre conduite fut répréhensible, mais votre cœur fut toujours pur.

Le nouveau venu s’étoit montré zélé, diligent, exact pour toutes ses petites commissions qui étoient toujours en grand