Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/386

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mettre en meilleur ordre & à corriger le mal qui peut y rester, mes méditations ne seront pas entièrement inutiles, & quoique je ne sois plus bon à rien sur la terre, je n’aurai pas tout-à-fait perdu mes derniers jours. Les loisirs de mes promenades journalieres ont souvent été remplis de contemplations charmantes, dont j’ai regret d’avoir perdu le souvenir. Je fixerai par l’écriture celles qui pourront me venir encore ; chaque fois que je les relirai m’en rendra la jouissance. J’oublierai mes malheurs, mes persécuteurs, mes opprobres, en songeant au prix qu’avoit mérité mon cœur.

Ces feuilles ne seront proprement qu’un informe journal de mes rêveries. Il y sera beaucoup question de moi, parce qu’un solitaire qui réfléchit s’occupe nécessairement beaucoup de lui-même. Du reste toutes les idées étrangeres qui me passent par la tête en me promenant, y trouveront également leur place. Je dirai ce que j’ai pensé tout comme il m’est venu, & avec aussi peu de liaison que les idées de la veille en ont d’ordinaire avec celles du lendemain. Mais il en résultera toujours une nouvelle connoissance de mon naturel & de mon humeur par celle des sentimens & des pensées, dont mon esprit fait sa pâture journaliere dans l’étrange état où je suis. Ces feuilles peuvent donc être regardées comme un appendice de mes Confessions, mais je ne leur en donne plus le titre, ne sentant plus rien à dire qui puisse le mériter. Mon cœur s’est purifié à la coupelle de l’adversité, & j’y trouve à peine en le sondant avec soin, quelque reste de penchant répréhensible. Qu’aurois-je encore à confesser quand toutes les affections terrestres en sont arrachées ? Je n’ai pas plus à me