Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/428

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toujours imposture, quand on donne ce qui n’est pas pour la regle de ce qu’on doit faire ou croire. Et quelqu’effet qui résulte de la vérité on est toujours inculpable quand on l’a dite, parce qu’on n’y a rien mis du sien.

Mais c’est-là trancher la question sans la résoudre. Il ne s’agissoit pas de prononcer s’il seroit bon de dire toujours la vérité, mais si l’on y étoit toujours également obligé, & sur la définition que j’examinois, supposant que non, de distinguer les cas où la vérité est rigoureusement due, de ceux où l’on peut la taire sans injustice & la déguiser sans mensonge : car j’ai trouvé que de tels cas existoient réellement. Ce dont il s’agit est donc de chercher une regle sure pour les connoître & les bien déterminer.

Mais d’où tirer cette regle & la preuve de son infaillibilité ?..... Dans toutes les questions de morale difficiles comme celle-ci, je me suis toujours bien trouvé de les résoudre par le dictamen de ma conscience, plutôt que par les lumieres de ma raison. Jamais l’instinct moral ne m’a trompé : il a gardé jusqu’ici sa pureté dans mon cœur assez pour que je puisse m’y confier, & s’il se tait quelquefois devant mes passions dans ma conduite, il reprend bien son empire sur elles dans mes souvenirs. C’est-là que je me juge moi-même avec autant de sévérité peut-être, que je serai jugé par le Souverain Juge après cette vie.

Juger des discours des hommes par les effets qu’ils produisent, c’est souvent mal les apprécier. Outre que ces effets ne sont pas toujours sensibles & faciles à connoître, ils varient à l’infini comme les circonstances dans lesquelles ces discours