Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/483

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les airs, les poissons dans les eaux les quadrupèdes plus légers que le vent, plus forts que l’homme & qui ne sont pas plus disposés à venir s’offrir à mes recherches que moi de courir après eux pour les y soumettre de force ? J’aurois donc pour ressource des escargots, des vers, des mouches, & je passerois ma vie à me mettre hors d’haleine pour courir après des papillons, à empaler de pauvres insectes, à disséquer des souris quand j’en pourrois prendre ou les charognes des bêtes que par hasard je trouverois mortes. L’étude des animaux n’est rien sans l’anatomie, c’est par elle qu’on apprend à les classer, à distinguer les genres, les espèces. Pour les étudier par leurs mœurs, par leurs caractères, il faudroit avoir des volières, des viviers, des ménageries il faudroit les contraindre en quelque maniere que ce pût être à rester rassemblés autour de moi. Je n’ai ni le goût ni les moyens de les tenir en captivité, ni l’agilité nécessaire pour les suivre dans leurs allures quand ils sont en liberté. Il faudra donc les étudier morts, les déchirer, les désosser, fouiller à loisir dans leurs entrailles palpitantes ! Quel appareil affreux qu’un amphithéâtre anatomique, des cadavres puans, de baveuses & livides chairs, du sang des intestins dégoûtans, des squelettes affreux, des vapeurs pestilentielles ! Ce n’est pas là, sur ma parole, que Jean-Jacques ira chercher ses amusemens.

Brillantes fleurs, émail des prés, ombrages frois, ruisseaux, bosquets, verdure venez purifier mon imagination salie par tous ces hideux objets. Mon ame morte à tous les grands mouvemens ne peut plus s’affecter que par des objets sensibles ; je n’ai plus que des sensations, & ce n’est plus que