Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/500

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en coupant les relations extérieur & qui le rendent exigeant, en renonçant aux comparaisons, aux préférences, il s’est contenté que je fusse bon pour moi ; alors, redevenant amour de moi-même il est rentré dans l’ordre de la nature & m’a délivré du joug de l’opinion.

Dès-lors j’ai retrouvé la paix de l’âme & presque la félicité ; car, dans quelque situation qu’on se trouve ce n’est que par lui qu’on est constamment malheureux. Quand il se toit & que la raison parle elle nous console enfin de tous les maux qu’il n’a pas dépendu de nous d’éviter. Elle les anéantit même autant qu’ils n’agissent pas immédiatement sur nous, car on est sûr alors d’éviter leurs plus poignantes atteintes en cessant de s’en occuper. Ils ne sont rien pour celui qui n’y pense pas. Les offenses, les vengeances, les passe-droits, les outrages, les injustices ne sont rien pour celui qui ne voit dans les maux qu’il endure que le mal même & non pas l’intention, pour celui dont la place ne dépend pas dans sa propre estime de celle qu’il plaît aux autres de lui accorder. De quelque façon que les hommes veuillent me voir, ils ne sauroient changer mon être, & malgré leur puissance & malgré toutes leurs sourdes intrigues, je continuerai, quoi qu’ils fassent, d’être en dépit d’eux ce que je suis. Il est vrai que leurs dispositions à mon égard influent sur ma situation réelle, la barriere qu’ils ont mise entre eux & moi m’ôte toute ressource de subsistance & d’assistance dans ma vieillesse & mes besoins. Elle me rend l’argent même inutile, puisqu’il ne peut me procurer les services qui me sont nécessaires, il n’y a plus ni commerce ni secours réciproque, ni correspondance entre