Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/508

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M. D. La lecture fut précédée de longs & grands éclats de rire sur le ridicule néologisme de cette pièce & sur les badins jeux de mots dont il la disoit remplie. Il commença de lire en riant toujours, je l’écoutai d’un sérieux qui le calma, & voyant que je ne l’imitois point il cessa enfin de rire. L’article le plus long & le plus recherché de cette pièce rouloit sur le plaisir que prenoit madame Geoffrin à voir les enfans & à les faire causer. L’auteur tiroit avec raison de cette disposition une preuve de bon naturel. Mais il ne s’arrêtoit pas là & il accusoit décidément de mauvois naturel & de méchanceté tous ceux qui n’avoient pas le même goût, au point de dire que si l’on interrogeoit là-dessus ceux qu’on mène au gibet ou à la roue tous conviendroient qu’ils n’avoient pas aimé les enfans. Ces assertions faisoient un effet singulier dans la place où elles étaient. Supposant tout cela vrai était-ce là l’occasion de le dire & fallait-il souiller l’éloge d’une femme estimable des images de supplice & de malfaiteur ? Je compris aisément le motif de cette affectation vilaine & quand M. P. eut fini de lire, en relevant ce qui m’avoit paru bien dans l’éloge j’ajoutai que l’auteur en l’écrivant avoit dans le cœur moins d’amitié que de haine.

Le lendemain le tems étant assez beau quoique froid, j’allai faire une course jusqu’à l’école militaire, comptant d’y trouver des mousses en pleine fleur. En allant, je rêvois sur la visite de la veille & sur l’écrit de M. d’Alembert où je pensais bien que le placage épisodique n’avoit pas été mis sans dessein, & la seule affectation de m’apporter cette brochure à moi à qui l’on cache tout, m’apprenoit assez quel en étoit l’objet.