Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/101

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siennes. Quoi qu’il en soit, s’il fait le gueux, il reçoit donc ou demande l’aumône ? car voila tout ce qui distingue le gueux du pauvre, qui n’est pas plus riche que lui, mais qui se contente de ce qu’il a & ne demande rien à personne.

Le François.

Eh non ! Celui-ci ne la demande pas directement. Au contraire, il la rejette insolemment d’abord ; mais il cede à la fin tout doucement quand on s’obstine.

Rousseau.

Il n’est donc pas si arrogant que vous disiez d’abord, & retournant votre question, je demande à mon tour pourquoi ils s’obstinent à lui faire l’aumône comme à un gueux, puisqu’ils savent si bien qu’il est riche

Le François.

Le pourquoi, je vous l’ai déjà dit. Ce seroit, j’en conviens outrager un honnête homme : mais c’est le sort que mérite un pareil scélérat d’être avili par tous les moyens possibles, & c’est une occasion de mieux manifester son ingratitude, par celle qu’il témoigne à ses bienfaiteurs.

Rousseau.

Trouvez-vous que l’intention de l’avilir mérite une grande reconnoissance ?

Le François.

Non, mais c’est l’aumône qui la mérite. Car, comme. disent très-bien nos Messieurs, l’argent rachète tout, & rien