Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/124

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en faveur de sa générosité." Vous n’avez pas besoin, je crois de mes réflexions sûr cette nouvelle instruction de l’affaire, & sûr la premiere en vertu de laquelle l’innocent avoit été condamne à mort.

Vous avez sans doute oui parler de cet autre jugement, ou, sûr la prétendue évidence du crime onze pairs ayant condamne l’accuse, le douzieme aima mieux s’exposer à mourir de faim avec ses collegues que de joindre sa voix aux leurs, & cela, comme il l’avoua dans la suite, parce qu’il avoit lui-même commis le crime dont l’autre paroissoit évidemment coupable. Ces exemples sont plus frequens en Angleterre ou les procédures criminelles se sont publiquement, au lieu qu’en France ou tout se passe dans le plus effrayant mystère, les foibles sont livres sans scandale aux vengeances des puissans, & les procédures, toujours ignorées du public ou falsifiées pour le tromper, restent, ainsi que l’erreur ou l’iniquité des juges dans un secret éternel, à moins que quelque événement extraordinaire ne les en tire.

C’en est un de cette espece qui me rappelle chaque jour ces idées à mon réveil. Tous les matins avant le jour la messe de la Pie que j’entends sonner à St. Eustache me semble un avertissement bien solemnel aux juges & à tous les hommes d’avoir une confiance moins téméraire en leurs lumieres, d’opprimer & mépriser moins la foiblesse, de croire un peu plus à l’innocence, d’y’prendre un peu plus d’intérêt, de ménager un peu plus la vie & l’honneur de leurs semblables, & enfin de craindre quelquefois que trop d’ardeur à punir les crimes ne leur en fasse commettre à eux-mêmes de bien affreux.