Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/128

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entraîneroit dans des discussions immenses que l’évidence de tous rend superflues.

Quoi ! parce que vous me forgez un monstre tel qu il n’en exista jamais, vous voulez vous dispenser de la preuve qui met le sceau à toutes les autres ! Mais qui jamais à prétendu que l’absurdité d’un fait lui servit pour de preuve, & qu’il suffit pour en établir la vérité de montrer qu’il est incroyable ? Quelle porte large & facile vous ouvrez à la calomnie & à l’imposture si pour avoir droit de juger définitivement un homme a son insçu & en se cachant de lui, il suffit de multiplier de charger les accusations, de les rendre noires jusqu’à faire horreur, en forte que moins elles seront vraisemblables, & plus on devra leur ajouter de soi. Je ne doute point qu’un homme coupable d’un crime ne soit capable de cent ; mais ce que je sais mieux encore, c’est qu’un homme accuse de cent crimes peut n’être coupable d’aucun. Entasser les accusations n’est pas convaincre & n’en sauroit dispenser. La même raison qui selon vous rend sa conviction superflue en est une de plus selon moi pour la rendre indispensable : Pour sauver l’embarras d tant de preuves, je n’en demande qu’une, mais je la veux authentique, invincible, & dans toutes les formes ; c’est celle du premier délit qui a rendu tous les autres croyables. Celui-la bien prouve, je crois tous les autres sans preuves jamais l’accusation de cent mille autres ne suppléera dans mon esprit à la preuve juridique de celui-la.

Le François.

Vous avez raison : mais prenez mieux ma pensée & celle