Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/130

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été faites conjointement & tout-d’un-coup par la même personne, elle a du nécessairement commencer par articuler des faits pour fonder des jugemens si nouveaux, si contraires à ceux qu’on avoit portes jusqu’alors, & quelle confiance pourrois-je autrement prendre à des apparences vagues, incertaines souvent trompeuses, qui n’auroient rien de précis que l’on pût articuler ? Si vous voyez la possibilité qu’il ait passe quarante ans pour honnête homme sans l’être, je vois bien mieux encore celle qu’il passe depuis dix ans à tort pour un scélérat ; car il y a dans ces deux opinions cette différence essentielle que jadis on le jugeoit équitablement & sans partialité, & sans qu’on ne le juge plus qu’avec passion & prévention.

Le François.

Eh c’est pour cela justement qu’on s’y trompoit jadis & qu’on ne s’y trompé plus aujourd’hui qu’on y regarde avec moins d’indifférence. Vous me rappellez ce que j’avois à répondre à ces deux êtres si differens si contradictoires dans lesquels vous l’avez ci-devant divise. Son hypocrisie à long-tems abuse les hommes, parce qu’ils s’en tenoient aux apparences & n’y regardoient pas de si près. Mais depuis qu’on s’est mis à l’épier avec plus de soin & à le mieux examiner on a bientôt découvert la forfanterie ; tout son faste moral à disparu, son affreux caractere à perce de toutes parts. Les gens mêmes qui connu jadis, qui l’aimoient qui l’estimoient parce qu’ils étoient ses dupes, rougissent aujourd’hui de leur ancienne bêtise, & ne comprennent pas comment d’aussi grossiers artifices ont pu les abuser si long-tems. On voit avec la derniere clarté