Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/136

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


qu’il est vil & qu’il les mérite ; mais au contraire parce qu’être vils & mechans eux-mêmes ils haïssent ceux qui ne le sont pas.

Mais la forcé qu’une ame saine emploie à supporter des traitemens indignes d’elle ne rend pas ces traitemens moins barbares de la part de ceux qui les lui sont essuyer. On auroit tort de leur tenir compte des ressources qu’ils n’ont pu lui ôter & qu’ils n’ont pas même prévues, parce qu’à sa place ils ne les trouveroient pas en eux. Vous avez beau me faire sonner ces mots de bienveillance & de grace. Dans le ténébreux système auquel vous donnez ces noms, je ne vois qu’un rafinement de cruauté pour accabler un infortuné de miseres pires que la mort, pour donner aux plus noires perfides un air de générosité, & taxer encore d’ingratitude celui qu’on diffame, parce qu’il n’est pas pénétré de reconnoissance des soins qu’on prend pour l’accabler & le livrer sans aucune défense aux lâches assassins qui le poignardent sans risque, en se cachant à ses regards.

Voila donc en quoi consiste cette grace prétendue dont vos Messieurs sont tant de bruit. Cette grace n’en seroit pas même tems pour un coupable, à moins qu’il ne fut en même tems le plus vil des mortels. Qu’elle en soit une pour cet homme audacieux qui malgré tant de résistance & d’effrayantes menaces est venu fièrement à Paris provoquer par sa présence que l’inique tribunal qui savoit décrète connoissant parfaitement son innocence ; qu’elle en soit une pour cet homme dédaigneux qui cache si peu ton mépris aux traîtres cajoleurs qui l’obsèdent & tiennent sa destinée en leurs mains ; voila, Monsieur ce que je ne comprendrai jamais ; & quand il seroit tel qu’ils