Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/137

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le disent, encore faloit-il savoir de lui s’il consentoit à conserver sa vie & sa liberté à cet indigne prix ; car une grace ainsi que tout autre don n’est légitimé qu’avec le consentement, du moins présume, de celui qui la reçoit, & je vous demande si la conduite & les discours de J. J. laissent présumer de lui ce consentement. Or tout don fait par forcé n’est pas un don, c’est un vol ; il n’y a point de plus maligne tyrannie que de forcer un homme de nous être oblige malgré lui, & c’est indignement abuser du nom de grace que de le donner à un traitement forcé plus cruel que le châtiment. Je suppose ici l’accuse coupable ; que seroit cette grace si je le supposois innocent, comme je le puis & le dois tant qu’on craint de le convaincre ? Mais dites-vous, il est coupable, on en est certain puisqu’il est méchant. Voyez comment vous me ballotez ! Vous m’avez ci-devant donne ses crimes pour preuve de sa méchanceté, & vous me donnez à présent si méchanceté pour preuve de ses crimes. C’est par les faits qu’on a découvert son caractere, & vous m’alléguez son caractere pour éluder la régulière discussion des faits. Un tel monstre, me dites-vous, ne mérite pas qu’on respecte avec lui les formes établies pour la conviction d’un criminel ordinaire : on n’a pas besoin d’entendre un scélérat aussi détestable, ses œuvres parlent pour lui ! J’accorderai que le monstre que vous m’avez peint ne mérite, s’il existe, aucune des précautions établies autant pour la sûreté des innocens que pour la conviction des coupables. Mais il les faloit toutes & plus encore pour bien constater son existence, pour s’assurer parfaitement que ce que vous appellez les œuvres sont bien ses œuvres. C’étoit par-la