Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/146

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homme généreux que sa conscience à forcé de t’accuses & que sa bonté porte à te protéger. Par son intercession l’on veut bien te laisser vivre & te laisser libre ; tu ne même démasque aux yeux du public qu’autant que ta conduite rendra ce soin nécessaire pour prévenir la continuation de tes forfaits. Songe que des yeux perçans sont sans cessé ouverts sûr toi, que le glaive punisseur pend sûr ta tête, & qu’à ton premier crime tu ne lui peux échapper. Y avoit-il, à votre avis, une conduite plus simple plus sure & plus droite pour allier à son égard la justice la prudence & la charité ? Pour moi je trouvé qu’en s’y prenant ainsi l’on se fut assure de lui par la crainte beaucoup mieux qu’on n’a fait par tout cet immense appareil de machines qui ne l’empêche pas d’aller toujours son train. On n’eût point eu besoin de le traîner si barbarement ou selon vous si bénignement dans le bourbier ; on n’eût point habille la justice & la vertu des honteuses livrées de la perfidie & du mensonge ; ses délateurs & ses juges n’eussent point été réduits à se tenir sans cessé enfonces devant lui dans leurs tanières, comme fuyant en coupables les regards de leur victime & redoutant la lumière du jour : enfin l’on eût prévenu, avec le double scandale des crimes & de leur impunité celui d’une maxime aussi funeste qu’insensée que vos Messieurs semblent vouloir établir par son exemple, savoir que pourvu qu’on ait de l’esprit & qu’on fasse de beaux livres, on peut se livrer à toutes sortes de crimes impunément.

Voila le seul vrai parti qu’on avoit à prendre si l’on vouloit absolument ménager un pareil misérable. Mais pour moi je