Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/147

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vous déclare que je suis aussi loin d’approuver que de comprendre cette prendre cette prétendue clémence de laisser libre nonobstant le péril, je ne dis pas un monstre affreux tel qu’on nous le représente, mais un malfaiteur tel qu’il soit. Je ne trouvé dans cette espece de grace ni raison ni humanité ni sûreté, & j’y trouvé beaucoup moins cette douceur & cette bienveillance dont se vantent vos Messieurs avec tant de bruit. Rendre un homme le jouet du public & de la canaille, le faire chasser successivement de tous les asyles les plus recules les plus solitaires ou il s’étoit de lui-même emprisonne & d’ou certainement il n’étoit a portée de faire aucun mal, le faire lapider par la populace, le promener par dérision de lieu toujours charge de nouveaux outrages, lui ôter même les ressources les plus indispensables de la société, lui voler sa subsistance pour lui faire l’aumône, le dépayser sûr toute la face de la terre, faire de tout ce qu’il lui importe le plus de savoir autant pour lui de mysteres impénétrables, le rendre tellement étranger odieux méprisable aux hommes, qu’au lieu des lumieres de l’assistance & des conseils que chacun doit trouver au besoin parmi ses freres il ne trouvé par-tout qu’embûches, mensonges, trahisons insultes, le livrer en un mot sans appui sans protection sans défense à l’adroite animosité de ses ennemis, c’est le traiter beaucoup plus cruellement que si l’on se fut une bonne fois assuré de sa personne par une détention dans laquelle avec la sûreté de tout le monde on lui eût fait trouver la sienne, ou du moins la tranquillité. Vous m’avez appris qu’il désira qu’il demanda lui-même cette détention, & que loin de la lui accorder on lui fit de cette demande un