Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/170

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complir & d’arriver à notre homme ; car, à ce que vous m’avez sait entendre, son accès n’est pas aise.

Le François.

Sûr-tout pour vous qui dédaignez les seuls qui pourroient vous l’ouvrir. Ces moyens sont, je le répété, de s’insinuer à forcé. d’adresse, de patelinage, d’opiniâtre importunité, de le cajoler sans cessé, de lui parler avec transport de ses talens de ses livres, & même de ses vertus, car ici le mensonge & la fausseté sont des œuvres pies. Le mot d’admiration sûr-tout, d’un effet admirable auprès de lui, exprime assez bien dans un autre sens l’idée des sentimens qu’un pareil monstre inspire, & ces doubles ententes jésuitiques si recherchées de nos Messieurs leur rendent l’usage de ce mot très-familier avec J. J. & très-commode en lui parlant.*

[*En m’écrivant c’est la même franchise. J’ai l’honneur d’être avec tous les sentimens qui vous sont dus, avec ses sentimens les plus distingues, avec une considération très-particuliere, avec autant d’estime que de respect, &c. Ces Messieurs sont-ils donc avec ces tournures amphibologiques moins menteurs que ceux qui mentent tout rondement ? Non. Ils sont seulement plus faux & plus doubles, ils mentent seulement plus traîtreusement.] Si tout cela ne réussit pas, on ne se rebute point de son froid accueil, on compte pour rien ses rebuffades ; passant tout de suite à l’autre extrémité, on le tance on le gourmande, & prenant le ton le plus arrogant qu’il est possible, on tache de le subjuguer de haute lutte. S’il vous fait des grossièretés, on y endure comme venant d’un misérable dont on s’embarrasse fort peu d’être méprise. S’il vous chasse de chez lui, on y revient ; s’il vous ferme la porte on y reste jusqu’à qu’elle