Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/174

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Le François.

Je ne vous en demande pas davantage. Voyons donc.

Rousseau.

Pour vous parler selon ma croyance, je vous dirai donc tout franchement que, selon moi, ce n’est pas un homme vertueux.

Le François.

Ah ! vous voilà donc enfin pensant comme tout le monde ?

Rousseau.

Pas tout-à-fait, peut-être : car, toujours selon moi, beaucoup moins encore un détestable scélérat.

Le François.

Mais enfin qu’est-ce donc ? Car vous êtes désolant avec vos éternelles énigmes.

Rousseau.

Il n’y a point-là d’énigme que celle que vous y mettez vous-même. C’est un homme sans malice plutôt que bon, une âme saine mais foible, qui adore la vertu sans la pratiquer, qui aime ardemment le bien & qui n’en fait gueres. Pour le crime, je suis persuadé comme de mon existence qu’il n’approcha jamais de son cœur, non plus que la haine. Voilà le sommaire de mes observations sur son caractère moral. Le reste ne peut se dire en abrégé; car cet homme ne ressemble à nul autre que je connoisse ; il demande une analyse à part & faite uniquement pour lui.