Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/176

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propres yeux, ils l’ont vu depuis par ceux des autres. Vous pensez qu’ils se trompoient autrefois ; moi je crois que c’est aujourd’hui qu’ils se trompent. Je ne vois point à votre opinion de raison solide, & j’en vois à la mienne une d’un très-grand poids ; c’est qu’alors il n’y avoir point de ligue & qu’il existe une aujourd’hui ; c’est qu’alors personne n’avoir intérêt à déguiser la vérité & à voir ce qui n’croit pas, qu’aujourd’hui quiconque oseroit dire hautement de J. J. le bien qu’il pourroit savoir seroit un homme perdu, que pour faire sa cour & parvenir il n’y a point de moyen plus sur & plus prompt que de renchérir sur les charges dont on l’accable à l’envi, & qu’enfin tous ceux qui sont vu dans sa jeunesse sont surs de s’avancer eux & les leurs en tenant sur son compte le langage qui convient à vos Messieurs. D’ou je conclus que qui cherche en sincérité de cœur la vérité doit remonter, pour la connoître, aux tems ou personne n’avoir intérêt à la déguiser. Voila pourquoi les jugemens qu’on portoit jadis sur cet homme sont autorité pour moi, & pourquoi ceux que les même gens en peuvent porter aujourd’hui n’en sont plus. Si vous avez à cela quelque bonne réponse vous m’obligerez de m’en faire part ; car je n’entreprends point de soutenir ici mon sentiment ni de vous le faire adopter, & je ferai toujours prêt à l’abandonner, quoiqu’à regret, quand je croirai voir la vérité dans le sentiment contraire. Quoi qu’il en soit, il ne s’agit point ici de ce que d’autres ont vu, mais de ce que j’ai vu moi-même ou cru voir. C’est ce que vous demandez, & c’est toute ce que j’ai à vous dire. Sauf à vous d’admettre ou rejetter mon opinion, quand vous saurez sur quoi je la fonde.